En version longue

J’aurais du y être préparé, mais non, ce lundi 13 avril, jusqu’à 19H59, je restais dans le déni. J’étais là, installé devant mon poste télévisé, avec le même espoir naïf que celui que j’ai chaque année devant l’Eurovision (mais si cette année, on a des chances de gagner, non?). J’y croyais encore*, mais l’annonce est tombée. Ce sera la version longue, jusqu’au 11 mai.

(*on est vivant tant qu’on est fort… Lara Fabian)

Pour essayer de calmer mes angoisses nocturnes, j’ai fini par télécharger Calm. (Cette application sensée vous aider à vous apaiser avant de dormir alors que c’est justement l’utilisation abusive de nos smartphones et écrans le soir qui nous empêche de dormir)

Le soir même, au moment de me coucher donc, j’allume mon i-phone, impatient de connaître la méthode miracle de cette application. 

J’étais aussi excité que le jour où j’avais commandé le Fitelec sur M6 Boutique !

Le Fitelec… Cette invention, scientifiquement prouvée, qui promettait de retrouver un ventre plat en 3 semaines, sans se priver de rien, et surtout sans le moindre effort ! Il suffisait de mettre cette ceinture qui envoyait des décharges électriques toutes les 15 secondes assis sur un canapé pour que la ceinture abdominale reprenne forme. Ça avait fonctionné sur Jean-Marc et Stéphanie, qui témoignaient. Alors pourquoi pas moi ? Numéro surtaxé, commande envoyée.

Monsieur chéri-parfait avait bien évidemment émis quelques réserves quant à la réussite de ce Fitelec. Je m’étais permis de lui faire remarquer que c’était scientifiquement prouvé ! Ce à quoi il m’avait répondu :

– Tu sais que ce qui est scientifiquement prouvé c’est : l’équilibre alimentaire et le sport !

Ah lala il m’agace. C’est quand même incroyable le scepticisme dont il peut parfois faire preuve face à la science. 

J’avais testé plusieurs fois le Fitelec en regardant le téléfilm de l’après-midi de TMC, accompagné de quelques shokobons (puisqu’il est indiqué : sans se priver de rien). Cette ceinture a finalement été assez déceptive et s’est retrouvée très vite rangée dans sa boite, dans le grenier, à côté d’une lampe lava (on est tous passés par là) et d’une tente quechua*. 

(*un jour je m’étais dit qu’on pourrait faire du camping. J’avais acheté la tente qui se déplie toute seule. Je l’ai lancée dans le salon, j’ai mis 4h à essayer de la replier. Je l’ai jamais réutilisée)

En tout cas, cette fois, c’était sûr, Calm allait me permettre de mettre fin à mes angoisses nocturnes. J’y crois encore*…

(*On a la foi tant qu’on s’endort)

L’application s’ouvre et apparaît la première question : Qu’est-ce qui vous amène à Calm ?

Réponses possibles : renforcer l’estime de soi, mieux dormir, réduire l’anxiété, développer la gratitude, améliorer ses performances, être plus heureux ou réduire le stress.

Donc, cet interrogatoire est sensé me rendre calme ? Parce que là, à voir toutes ces propositions, je me dis que je suis là pour à peu près toutes ces raisons ! 

Mais il y avait surtout une question à laquelle je n’arrivais pas à répondre : c’est quoi la différence entre le stress et l’anxiété ?

Après une heure d’intense réflexion, et à défaut d’avoir le 06 de Michel Cymes pour m’apporter la réponse, j’ai réveillé mon chéri, « monsieur je-sais-ce-qui-est-scientifiquement-prouvé » :

– Dis, tu me qualifierais plutôt comme une personne anxieuse ou stressée ? 

– T4as qu’à essayer de lire le livre que tu as mis dans ta story instagram,d’éteindre ton i-phone, et tu seras ni anxieux ni stressé !

Je suis allé donc allé dans le salon puisque MONSIEUR une fois de plus remet en cause la méthode de l’application, et estime, qu’il a autre chose à faire à 2h du matin que de répondre à mes questions.

Toutes les étapes d’installations franchies, l’application me révèle enfin ses propositions :

écouter de la musique relaxante ou écouter des voix suaves me lire des textes, le tout en options payantes. 

Ah bah super ! J’ai ressenti la même déception qu’au moment de la découverte de l’épisode final de « Game of thrones » : sérieusement, tout ça pour ça ? 

(*ou lors du final du Seigneur des anneaux : «3 films, 9h, pour voir au final l’elfe balancer l’anneau dans le feu…Il aurait pu le faire dès le début dans sa cheminée, non ?)

Il était hors de question que je paie pour écouter de la musique d’ambiance de « Nature et découvertes » ou que j’écoute Eva Green me lire lentement des textes. 

Je me suis rappelé que j’avais eu une petite période irlandaise à une époque (#Cranberries). Que je pourrais lancer un vieux cd de musique celte pour ensuite mettre un podcast de lecture nocturne sur France Culture. Ça pourrait faire une application « Calm » maison.

J’ai donc exploré mes CD’s datés de l’époque où je pensais que Kyo était un groupe de rock.

(*J’ai longtemps parcouru son corps, effleuré 100 fois son visage)

En parcourant la pile, je suis retombé sur lcelui de la bande originale du Grand Bleu, offert par ma mère ! Ma mère pensait tellement bien faire le jour où elle m’avait offert ce CD d’Eric Serra au lycée.

A l’époque, en première, j’étais tombé complètement amoureux de Matthieu. Matthieu fumait des cigarettes mentholées, portait une doudoune chevignon, et savait entrer les formules dans une calculatrice. On avait sympathisé en cours de maths et on s’était découvert une passion commune pour le cinéma.

Au deuxième trimestre, Matthieu m’a invité à venir chez lui, un samedi après-midi, ses parents étaient partis. Il m’avait appelé à la maison, sur le téléphone partagé par toute la famille, celui où à tout moment maman pouvait décrocher le deuxième combiné pour me demander de libérer la ligne et de venir dîner.

Le rendez-vous était fixé : samedi – 14h30. Séance ciné avec lui, dans sa chambre…

Arrivée chez Matthieu ! Visite de courtoisie du salon. Préparation du ravitaillement (Oasis tropical et chips). Direction sa chambre. Installation devant sa télévision à écran cathodique. C’est parti pour découvrir le film préféré de Matthieu : Le Grand Bleu ! En version longue : 2H49…

J’étais hyper impatient de vivre mon 1er baiser avec Matthieu sur son lit et sa couette Snoopy. C’était sûr, ça allait enfin arriver. Mon premier baiser. 

Matthieu baisse la lumière de la lampe halogène sur pied. Le film commence, et là, sur l’écran 36 cm, apparaît cette étendue de bleu, sur fonds de musique vaporeuse agrémentée de sonorités ressemblant à des cris de dauphins étouffés. Le saxophone arrive… Et progressivement, je coule…

Cette histoire de ce plongeur ténébreux, torturé, passionné des profondeurs et amoureux des dauphins me stressait. L’angoisse de ne pas le voir remonter, de le voir sombrer, toujours au son d’une bande son abusant des effets synthés amplifiés…

A un moment donné, je me sens légèrement excité. 

Je ne sais pas ce qui me procure le plus d’effet : Jean-Marc Barr et son mini slip de bain* ou Matthieu et sa cigarette mentholée.

(*à l’évidence pas besoin de Fitelec pour Jean-Marc)

Lors de la première heure, j’ai avancé mon bras millimètre par millimètre, tentant minute par minute une approche de son bras, de sa jambe, de tentatives d’approche corporelle pour amorcer le premier baiser…

Mais au bout de 2h, rien. Que du bleu, de la mer, de l’océan, des dauphins. Mais aucun signal d’approche imminente. Matthieu était captivé et moi je sombrais, mon bras droit ressemblant à un dauphin échoué que je ne pouvais plus déplacer…

Ce qui devait arriver, arriva, à force d’abus d’images maritimes et de cigarettes mentholées dans une pièce fermée : hauts le coeur, course effrénée vers les toilettes saumonées du pavillon familial, rendu complet…

Je suis rentré chez moi. Je n’ai jamais vu la fin du Grand Bleu, je n’ai jamais embrassé Matthieu, et je n’ai plus jamais fumé de cigarettes mentholées. 

Je n’ai pas osé dire à ma mère ce qui s’était vraiment passé : le Grand Bleu ? C’était trop bien, j’ai adoré la musique.

Il était 4h du matin quand j’ai ouvert les yeux. Nous sommes le mardi 14 avril. Mon chéri, l’air interrogatif, face à moi, recroquevillé sur le canapé, CD du Grand Bleu lancé en mode repeat. Sans un mot, il m’a pris dans ses bras, m’a consolé et m’a embrassé.

J’ai réalisé que la version longue avait peut être été de nouveau annoncée, mais que cette fois, au moins, elle s’accompagnait vraiment d’un baiser.

(Je veux juste une dernière danse, avant l’ombre et l’indifférence…)

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