Never ever

Ça y est, je suis entré dans la période de l’entre deux : celle où mes vêtements récemment achetés deviennent légèrement trop grands, et les anciens, mes préférés, restent encore un peu serrés. 

Cette période qui m’amène à être là, à devoir faire un choix dans mon dressing, face à deux piles de vêtements triés, à hésiter avant de devoir lever le rideau de la vérité ! 

Derrière ce rideau, attend une version de moi, mais honnête, portant une veste avec épaulettes (#batailleetfontaine), prêt à m’annoncer l’insoutenable vérité : 

– mes vêtements préférés n’avaient en fait pas rétréci*,

(*à cause d’un lavage à 40 degrés mal supporté) 

– le miroir de ma salle de bains n’a pas passé ses derniers mois à me déformer,

– ma balance n’était pas déréglée,

– ce n’était pas la marque qui taillait petit.

C’était bien mon volume corporel qui avait augmenté cette dernière année, mais l’équilibre alimentaire instauré par Monsieur Parfait pendant cette période confinée a fonctionné. J’ai perdu du poids. Et là, je dois faire un choix. 

Pourquoi ? Car à force de voir depuis cinq semaines des « défis » lancés partout et par tous, j’ai fini par céder et accepter celui qui semblait le plus à ma portée*.

(*celui qui incluait aucune restriction alimentaire, aucun effort physique, et aucune expérience capillaire)

J’ai officiellement dit oui au défi Marie Kondo ! Faire du tri, désencombrer, aérer, et vider mon dressing encombré. 

Marie Kondo, grande prêtresse du bien-être grâce à la méthode du tri affectif, du vêtement roulé et des remerciements adressés aux leggings usés et tâchés (ceux qui ont apporté tant de bonheur toutes ces dernières années).

Une fois de plus, je maudis, mon influençabilité à la télé réalité, et les défis lancés* ! 

(*D’ailleurs à quel moment le mot défi est tant entré dans nos vies ? Depuis quand avons-nous tous commencé à parler tous comme des candidats de télé réalité ? On va tout donner, on se revoit à l’extérieur, c’est « une aventure ».)

Me voilà donc, ce samedi 25 avril, 40ème jour de confinement, devant mes vêtements, à devoir faire face à mes principaux défauts : l’indécision chronique et la mauvaise foi cyclique. 

Pile 1 : les vêtements un peu serrés. Je suis à deux doigts d’y arriver, encore deux semaines d’efforts, un peu de sport, et c’est bon, le retour d’une ligne affutée dans mes vêtements préférés.

Pile 2 : les vêtements un peu trop grands. Ils me tendent les bras, ils sont là, à me dire « reprends une deuxième barre de fondant au chocolat, on est là pour ça »…

Choisir entre ces deux piles… Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu.

La pile 2, représente une forme d’abandon de soi. La pile 1, une forme de dépassement de soi.Le problème, c’est que je pense n’avoir jamais ressenti ce sentiment : ce besoin de dépassement de soi. 

Au collège déjà, en sport, je ne ressentais aucune envie de me dépasser. Je me revois, face à ces deux cordes, l’une avec nœuds, l’autre sans, rythmiques aux pieds (ces petits chaussons de gym imposés) à me demander quel était le projet !

Je restais circonspect face à ce sosie en version années 90 de François Hollande, avant sa perte de poids, en survêtement bleu marine, manches colorées, rose, vert et violet qui m’avait invité à me lever avec un coup de sifflet.

Intérieurement, j’essayais d’analyser les deux options que ces cordes m’offraient :

Option 1, la corde avec nœuds, la soit-disant « plus facile ».

Option 2, la corde sans nœuds, la méthode de ceux qui avaient plus de 12/20 en sport.

Impossible de choisir tant les deux options m’offraient de toute façon la même conclusion : 

brûlure des mains et de l’entrejambes au deuxième degré, suivie d’une humiliation après avoir glissé lamentablement, sans avoir dépassé un mètre cinquante de hauteur, et sans avoir jamais compris la position des pieds et des mains à adopter.

J’avais beau essayer de trouver ce qui pourrait me motiver à grimper mais rien n’y faisait.

Qu’est-ce qu’il y avait là haut ?

Une vision en mode Yann Arthus-Bertrand du gymnase du collège sainte marie ? A part la vue sur la tonsure de Monsieur Léonard, je ne voyais pas quelle surprise la découverte aérienne de ce préfabriqué pouvait bien me réserver.

Je n’ai donc pas relevé le défi, j’ai laissé tomber. Ce n’était pas encore « notre projet ».

Cette absence d’envie de relever des défis a continué tout au long des années : je n’ai par exemple jamais franchi la moindre haie.

Cette absence de sentiment de dépassement faisait la déception de mes parents. Je revois leurs têtes à l’annonce de mes résultats de mon bac L : 12/20, mention « Assez Bien ».

La déception à peine dissimulée de ma mère, cigarette à la main :

– Assez bien ? 

– Qu’est-ce que tu veux de plus, Maman ? Il est écrit que c’est assez, et qu’en plus c’est bien ! Assez-bien !

Le problème c’est que je fais partie, comme beaucoup, de ceux qui ont pris le chemin inversé de notre société, devenue celle de tous les défis , alors que bien souvent, on aurait gagné à s’arrêter à la moitié !

Mais ce confinement est arrivé comme un défi collectif imposé. Alors comme tout le monde, les premières semaines, j’ai essayé de changer. J’ai vraiment utilisée l’application de sport téléchargée la première semaine. J’ai paniqué face à la description de ces mouvements synchronisés. 

Je me suis beaucoup interrogé : est-ce que mes bras doivent être levés quand les jambes sont écartées, baissés quand les jambes sont serrées, ou l’inverse ?

Et ce 25 avril, je n’arrive toujours pas à synchroniser mes bras, à comprendre pourquoi on en est arrivé là, pourquoi je suis dans mon dressing, à essayer de faire un choix.

Il faut bien dire qu’après ces 5 semaines passées, la frénésie des défis a commencé à s’apaiser, on a toutes et tous commencé à arrêter de chercher à tout prix un sens à tout cela. Il nous reste à priori deux semaines à attendre le jour d’après. On se sent à la fois si loin et si proche de la fin. Alors comme beaucoup d’entre nous, j’ai fini par faire le choix…

ATTENTION – Avant de poursuivre la lecture cet article, je vous demande d’allumer toute source de musique en ligne à proximité de vous, et de lancer la chanson « Never Ever » des All Saints !

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C’est bon ? A ce moment là, vous devez  entendre « A few questions that i need to know… » 

Reprenons :

le choix de ne pas en faire,

de mettre mon t-shirt préféré, même s’il est un peu serré,

de danser sur les All Saints,

d’arrêter de chercher un sens à tout et n’importe quoi, de ne pas encore tout de suite affronter la vérité,

d’arrêter d’essayer de trouver une fin logique à cette chronique,

de m’imaginer chanter et danser avec vous,

de relancer la chanson en boucle, et au bout de la 10ème écoute de « Never ever » de réaliser, que

mais attendez, 

« Either way, i’m going out of my mind,

All the answers to my questions, 

I have to find »

cette chanson, elle parle trop de moi, de nous quoi !

« Never ever… When you gonna take me out of this black hole ? »

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