Le baiser sur la plage de Cabourg

En essayant mon short de bain rouge, je me rends compte que je suis désormais plus proche de Mitch Buchannon dans l’épisode 1 de la saison 10, que dans l’épisode 10 de la saison 1, c’est à dire bien passé et boudiné.

(* et il ne viendrait à l’esprit de personne de me demander de courir torse nu sur une plage à Malibu)

Ce short, acheté très cher, j’en étais pourtant fier. J’avais suivi les conseils de Monsieur Parfait :

– Tu sais, il vaut mieux miser sur un basique simple et de qualité que tu pourras garder de nombreuses années…

Certes, je le garde depuis longtemps, mais je ne rentre plus dedans. La durabilité tant vantée ne prenant jamais en compte le caractère extensible du corps au fil des années… 

Le basique indémodable et inaltérable, ça ne marche en vrai que pour Charlotte Gainsbourg, Vanessa Paradis et Monsieur Parfait !

L’été dernier, je m’étais corporellement un peu mieux préparé. Mais cette année, sérieusement : qui croyait qu’on allait vraiment avoir des vacances d’été ? 

En mai, le concept de vacances d’été semblait aussi irréaliste que la sortie d’un nouveau titre de Larusso, ou le retour en politique de Roselyne Bachelot. Finalement, à la surprise générale, tout s’est produit, sans laisser la moindre possibilité d’y être préparé ni même d’atteindre un début de summer body… 

Et nous voilà, en juillet, veille du départ, lui avec sa valise déjà préparée depuis 10 jours, organisée, et moi, tous mes vêtements encore sales, me berçant d’illusions :

– Si je lance une, voire deux lessives ce soir, que je l’étends à 22h, on est d’accord que ce sera sec demain matin ? Non ? Parce que là j’ai plus rien de propre, je ne sais même pas comment je vais m’habiller pour partir demain ?

– Tu devrais regarder du côté de tes affaires de sport, elles doivent être propres, elles *!

(*Ah lala, il m’agace)

Jour du départ, je me retrouve en short, t-shirt et baskets, pas du tout la tenue dont j’avais rêvé pour notre road-trip… 

(*J’étais un peu comme une pub de Decathlon pour un avant/après, et je représente l’avant.)

(** Au moins, ces vêtements auront été portés plus de zero fois…)

Car oui, à défaut de partir à l’étranger, on s’est dit qu’on allait rejoindre la maison de famille en Normandie, en passant uniquement par les petites routes de campagne, telles des versions masculines* 2020 de Thelma et Louise… 

(* si si…)

Roulant, non pas dans une Ford Thunderbird cabriolet flamboyante, mais dans une Fiat 500 à 30 km/h sur des routes limitées à 70, mains accrochées au volant en écoutant du Juliette Armanet, il a fallu se rendre à l’évidence : on était bien loin de l’image fantasmée !

On a pas vu notre vie défiler en s’envolant dans le Grand Canyon, mais en fermant les yeux sur une route de campagne. On était persuadés qu’avec ce tracteur qui arrivait, devant nous, on allait pas passer. Et puis finalement si ! Comme nous l’ont fair remarquer les 15 voitures qui attendaient derrière nous.

On a fini à mi-parcours égaré, non pas avec Brad Pitt dans un motel mais sur la route D615, avec Jean-Marc, à la station service en lui demandant si c’était grave ce clignotant qui s’allumait* ?

(*rassurez-vous, en mettant de l’essence, le problème était réparé)

En arrivant à destination, avec 3h de plus que le temps estimé, je me suis rendu compte immédiatement que c’est finalement pas le summer body de Charlotte que j’ai voulu retrouver cet été. Non, j’ai eu envie de retrouver sa marinière d’effrontée, de replonger dans les étés d’enfance qui semblaient sans fin, ceux où notre identité était dévoilée sur une étiquette cousue main sur nos culottes, ces étés de tour de France, des méduses aux pieds, dans la maison à l’unique combiné téléphonique.

Alors qu’en début d’année, on aurait pas imaginé dire oui aux vacances avec enfants, 

celles où la plage n’est pas une salle de lecture ensoleillée mais un terrain de jeu ensablé, 

celles où l’on doit manger soit trop tôt, soit trop tard, 

là, on a tout accepté, juste pour le plaisir de se retrouver ! 

Même si cela impliquait d’accepter de manger ce monster munch un peu baveux tendu par une petite main et de ne pas pouvoir lire le Elle été au petit déjeuner, car il faut les surveiller.

On a voulu retrouver le plaisir de voir arriver dans une coupe au verre opaque, une épaisse mousse au chocolat, dans laquelle trempent fièrement deux langues de chat..

Une mousse au chocolat pas revisitée, au café du port qui ne sert pas d’IPA, qui n’a aucune marque dérivée présentée dans un concept store à côté. Un restaurant dont le seul concept affiché, est celui de s’asseoir,de commander et de manger !

Très vite on s’est laissés aller à nos plaisirs d’été démodés, on a  :

osé les chaussettes remontées, 

(ré)appris à trouver notre itinéraire sur une carte en papier, 

regardé « Amélie Poulain » un mercredi soir en DVD, 

recherché dans le cd de Yann Tiersen dans le grenier,

participé à des visites guidées de château au milieu d’un groupe de personnes âgées, 

(qui avaient toutes les chaussettes remontées), 

fait comme si on connaissait les paroles de Sara per ché ti amo, 

(È un’emozione Che cresce piano piano)

osé les couchers à 22h, 

bu du cidre en plein soleil à 16h, en oubliant que le cidre est une boisson alcoolisée,

fini plutôt (très) éméchés à 17h,

pris des brochures dans des offices de tourisme,

enfilé des K-Way trop grands datant de l’époque où on n’en voulait pas,

joué au scrabble,

pris en photo les jeux de mots affichés sur les devantures des commerçants normands,

hésité entre glace en pot ou cornet,

1 ou 2 boules,

regardé les vitrines des agences immobilières,

imaginé ouvrir un gite,

souri devant un chanteur à chemise colorée reprenant du Julien Doré.

Bien sûr, les petits travers ont refait progressivement surface, on s’était dit que non, et en fait, on a quand même :

fait des stories face à la mer en prenant l’angle où on ne voyait pas les autres touristes faire la même chose que soi,

appliqué un filtre en pensant que personne ne le remarquerait,

acheté le vinyle de Louise Verneuil chez un petit disquaire à Coutances,

fait comme si on était pas déçus par le mystère de la chambre 622,

pris des photos de nos pieds dans le sable,

acheté des tasses en grés qu’on peut trouver partout toute l’année,

pris plus de temps sur la terrasse où la 4G passait en prétextant qu’on était bien en plein soleil,

préféré cette terrasse parce que le mobilier était en bois recyclé.

Et après avoir constaté sur la plage quelques corps parfaitement équilibré en fin de séjour sur une plage à Cabourg, j’ai un peu regretté d’avoir choisi 2 boules en cornet avec supplément chantilly.

En voyant mon regard désappointé sur ce petit bourrelet qui dépassait de mon short de bain rouge sur une plage à Cabourg, il m’a regardé et m’a dit :

– tu sais, j’aime l’idée de vieillir avec toi ! D’être dans quelques années, sans avoir à se préoccuper d’une quelconque ligne d’été, de revenir sur cette même plage, de constater qu’on a pas ouvert de gite, qu’on s’aidera mutuellement à s’attacher nos caleçons de bains usagés, sandales en cuir attachées et qu’on préfèrera la plage en début de journée.

Sur cette plage, un vendredi 31 juillet, la même où Vic a embrassé Matthieu, j’ai souri, j’ai dit « Moi aussi » . Je l’ai à mon tour embrassé, avec mon short de bain rouge qui commence désormais un peu à se délaver.

C’était un beau mois de juillet…

Un commentaire sur “Le baiser sur la plage de Cabourg

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s